Oula Alkhatib, علا الخطيب | Damas - Récits d'aujourd'hui

Je ressens une angoisse, أشعر بالهم الثقيل

Je ressens une angoisse pesante à l’idée de rapporter les récits de certains de mes compatriotes.

Ceux qui ont bien voulu me transmettre leurs histoires de vive voix, quand je leur ai parlé du projet de les dire en public en dehors de Syrie, de l’autre côté de la muraille, quelque part hors de portée des représailles, des balles et du harcèlement des services de sécurité et des chabiha. Ils me les ont confiées, ces histoires, mais oralement, parce que le papier et l’écrit font peur. En Syrie, le seul espace encore disponible se trouve dans nos têtes, dans nos cœurs.

Je vais raconter les histoires de mon peuple. Je vis à Damas, je vis la guerre, je rêve de liberté. Je bois un café en écoutant un bombardement aérien. Ce sont mes frères qui sont en-dessous, à quelques kilomètres à peine de là où je me trouve. J’étends mon linge sous des rafales de mitrailleuse. Je ferme les fenêtres et augmente le volume de la télévision afin de chasser le bruit des balles du sommeil de mon fils qui a eu cinq ans il y a dix jours. Je retiens mes larmes, je m’endurcis, je dis à ma mère que je vais bien. Je sais bien que tous les pays sont beaux mais, croyez-moi, la Syrie est le plus beau pays du monde. Syrie, beauté, violée, quotidiennement, sous les yeux du reste du monde.

Ce sont les récits des miens, je vous les confie, puissiez-vous accepter ce don, en mesurer la valeur et la délicatesse, les transmettre à votre tour fidèlement. Nous sommes un peuple qu’on tue, qu’on torture. Qu’on chasse de chez lui jour et nuit. Ce n’est pas votre pitié que nous demandons mais une parole vraie pour l’histoire.

J’arrête ma voiture au barrage. Le soldat sourit et demande ma pièce d’identité en plaisantant. Il s’en saisit. Il me jette un coup d’œil complice. Il lit le lieu de naissance, retourne la carte, il a l’air fâché. Il me regarde avec dégoût maintenant. Il me crie de sa voix la plus virile : « Tu es de Qatna ».
Je secoue la tête en affichant le sourire le plus large que je n’ai jamais fait.
Il répète : « De Qatna tu dis »
Et moi : « En effet ».

Son dégoût semble s’accroître, il se met à fouiller la voiture. Je surveille ce qu’il fait. Je l’interromps. J’essaye d’engager la discussion. Je descends de voiture. Je prends mon courage à deux mains. Je prépare mentalement ce que je vais lui dire. Je commencerais ainsi : Tu n’aurais pas servi dans l’armée à Qatna des fois ? Dans la Dixième division, non ? La caserne à côté du cinéma… on a un cinéma à Qatna… Chez nous les filles sont jolies et les gars… ça, des mecs !

Ils te plairaient. On veille tard en été chez nous. On reste devant la porte, partout dans le quartier, chaque soir, et dès que quelqu’un passe par là, et que ça lui donne envie de s’arrêter, il reste un peu.

Qatna c’est la Syrie en petit, c’est ce que dit papa. Tu y trouves toutes les communautés, toujours solidaires dans la joie et dans les peines. Tu veux que je te dise, le frère de lait de mon père est chrétien. Je te jure, chrétien…

Tiens ! Autre chose : t’as jamais goûté les olives de Qatna… les figues de Qatna… l’arak de Qatna.

J’ai la voix qui s’assombrit. Je suis dépitée.

On n’était pas terroristes. Et il a suffi qu’on sorte dans les rues en criant « Liberté » et voilà qu’on devient des salafistes…

Allez ! Je t’emmène, je vais te montrer : les oliviers calcinés et le pays découpé par les barrages. La haine partout dans l’air.

Je vais te présenter mon oncle qui a perdu son fils parce qu’il était sorti crier « Liberté » un vendredi.

Tu veux bien venir avec moi ? Au barrage du cimetière, toi peut-être tu pourras leur parler.
Supplie-les. Tout ce que je veux, c’est voir la tombe de mon père. Ils nous empêchent de voir nos morts. Le barrage de Qatna est plus dur que le tien, ils arrêtent nos jeunes gars et les frappent devant les tombes des leurs.

Y a quelques jours à peine, ils ont brûlé trois fermes et ceux qui étaient dedans. Depuis quelques mois, les jeunes hommes de Qatna se laissent pousser la barbe et se rasent la moustache. Je les ai vus, c’était mes anciens camarades de classe. J’ai pleuré, je leur ai gueulé : Ça nous ressemble pas ça… résister – le djihad – c’est quant même pas se laisser pousser la barbe. Ils m’ont insultée, ils m’ont virée. Je suis devenue une collabo.

Laissons ça, je veux te montrer mon quartier. On ira prendre le café chez la voisine, Oum Georges. Notre maison a complètement été détruite. J’aimerais te montrer Ras en-Nabea. Je me demande bien ce qu’est devenu Ras en-Nabea…

Sa voix m’a fait sursauter. J’ai paniqué. J’ai paniqué en voyant son visage presque contre le mien, grimaçant. Il me criait : Je te dis de bouger. Mais tu rêves ou quoi ?

Je l’ai dévisagé… j’aurais aimé lui avoir vraiment dit ce que j’avais à lui dire. Peut-être aurait-il changé d’avis sur moi et sur Qatna.

J’ai démarré lentement. Dans mon rétroviseur, je le regardais se frotter les mains pour se réchauffer. Il s’est mis les mains sous les aisselles pour lutter contre le froid. J’ai eu honte d’avoir chaud. J’ai éteint le chauffage de la voiture. J’ai rangé la voiture sur le bas-côté. Je suis descendue.

J’ai regardé le barrage derrière moi. J’ai eu de la peine à l’idée qu’il ait pu avoir peur de moi. J’ai eu de la peine pour ma petite ville transformée en champ de bataille. Qatna. J’ai eu de la peine pour les gens de chez nous.

Je me suis mise à me frotter les mains. Je les ai glissées sous mes aisselles. Je me suis adossée contre la voiture. J’ai pleuré mon pays.

Texte traduit de l’arabe

أشعر بالهم الثقيل لحملي روايات بعضا من أبناء بلدي , نقلوها لي شفاهة عندما علموا أني سأحكيها بصوت عال خارج أسوار سوريا و لن تطال قائلها رصاصة انتقام ولن تلاحقه عصابات الأمن والشبيحة…نقلوها شفاهة خوفا من الورق المكتوب فلم يبق لنا في سوريا مكان أمن سوى عقولنا وقلوبنا ….

سأروي حكايا شعبي وانا أقيم بدمشق , أعيش الحرب و أحلم بالحرية …. أشرب القهوة وأنا أسمع قصف الطائرة لإخوة لي يبعدون عني بضع كيلومترات …أنشر غسيلي و رش الرصاص فوق رأسي …أغلق الشبابيك و ارفع صوت التلفاز علِي أبعد صوت الرصاص عن أحلام ابني الذي بلغ الخامسة من عشرة أيام …. أبلع دموعي وأتحلى بالشجاعة وأخبر أمي أني بخير .. أعلم أن البلاد كلها جميلة ولكن صدقوني سوريا أجمل …سوريا الجميلة تغتصب كل يوم أمام أعين العالم أجمع.

أضع حكايات أهلي بين أيديكم أمانة بأعناقكم انقلوها بامانة واخلاص فاننا شعب يقتل و يعذب و يشرد ليل نهار …. لانريد شفقتكم وانما نطلب كلمة حق للتاريخ

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تقف سيارتي عند الحاجز يبتسم العسكري و يطلب هويتي بظرافة …يمسكها … يرميني بنظرة الرفيق … يقرأ مكان الولادة يقلب الهوية للجهة الثانية بعصبية ..يرمقني بقرف غير مسبوق … يصرخ علي بصوته الرجولي : من قطنا …

أهز رأسي باكبر ابتسامة عرفها وجهي

يعيد : قلتيلي من قطنا

أرد : ايه والله

يزداد قرفا و يبدأ بتفتيش السيارة …أراقبه بعيني … أقاطع تفتيشه .. أحاول أن افتح حديث معه ….أهبط من السيارة …أستجمع شجاعتي …أحضر بيني وبين نفسي ما سأقول له …سأبدأ حديثي معه : انت خدمت جيش بقطنا شي ….وين كنت بالعاشرة .. يعني جنب السينما …عنا سينما          بقطنا …بناتنا حلوين و شبابنا كفووين بيعجبوك ….منسهر بالصيف ادام الباب كل الحارة كل ليلة ومين مامرق بدو يميل يقعد شوي …

كان بابا يقول قطنا هي سوريا الصغيرة لامة كل الطوائف ببيوتها وشوارعها بيوقفوا مع بعض بحزنهن وفرحهن …بتعرف انو اخو لابي بالرضاعة مسيحي ….والله مسيحي …

طيب دايق زيتون قطنا …تين قطنا …. عرق قطنا

يغدو صوتي حزينا …مقهورا

كنا مو ارهابين …فجأة صرخنا حرية صرنا سلفيين …

قوم تعا معي لورجيك …. ورجيك الزيتون كيف انحرق و البلد كيف اتقسم بالحواجز …و الحقد كيف عبى السما …..

عرفك على عمي اللي قتللوا ابنو لانو صرخ يوم الجمعة حرية …

خليني أخدك على حاجز التربة بركي بتحكي معهن ..بتترجاهن ..بس يخلوني زور قبر ابي ….منعونا نشوف أمواتنا … هادا الحاجز أقسى منك … بيحجزوا شبابنا وبيضربوهن ادام قبور اهلهم …

من كم يوم حرقوا تلات مزارع باللي فيهن … من كم شهر صاروا الشباب يربوا دقونهن و يدقوا شورابهم …شفتون رفقاتي كانوا معي بالمدرسة …بكيت عيطت عليهن نحن مو هيك …الجهاد مو بدق الشوارب

سبوني و قلعوني …وصرت عواينية ….

المهم بدي ورجيك حارتي …. ومنمرق منشرب قهوة عند جارتنا أم جورج لانو بيتنا تكسر كلو …

و حابة ورجيك راس النبع …ياترى شو صار براس النبع و أهم

أيقظني صوته

جفلت …. جفلت عندما رأيت وجهه قريبا لوجهي ..عابسا … صارخا علي :عم قلك حركي …وين صرت

حدقت به ….تمنيت لو اني حقا قلت كلامي له … ربما كان غير رأيه بي و بقطنا ….

تحركت ببطء وأنا أراه بالمرآة يفرك يديه ببعضهما من البرد ….يضع ذراعيه تحت ابطيه .. خجلت من احساسي بالدفئ …أطفئت المكيف بالسيارة ….ركنت سيارتي جانبا … نزلت منها …. نظرت للخلف الى الحاجز … حزنت على خوفه مني …حزنت على بلدتي الصغيرة قطنا التي تحولت لساحة معركة …حزنت على أولاد بلد ي…..

بدأت أفرك يدي ببعضهما …. أنزلتهما تحت ابطي .. أرحت جسدي على سيارتي ….. وبكيت بلدي

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