Zara Fournier, زارا فورنيه | Carnets de voyage

Bribes de Sarouja, ساروجة

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Sarouja. Aux premiers abords, le quartier intrigue. On ne comprend pas trop, cet enchevêtrement de fils et baraques en ruines, de belles biouts traditionnelles et ruelles pittoresques, « authentiques » aux yeux de citadins en mal de modernité, ce petit embryon de quartier « traditionnel » entre quatre tours et deux double-voies. C’est sans doute ce mélange de contradictions, ce brassage d’éléments hétérogènes et souvent kitsch, qui fait le charme du quartier. Les étrangers, jeunes backpackers en sarouel et étudiants, viennent pour l’authenticité du lieu, qu’ils voyaient perdue dans la vieille ville intramuros. Trop touristique pour eux, ils viennent à Sarouja jouer au Tawlé et boire un thé sur la place et le café « authentique ».

La vieille génération originaire du quartier, elle, désespère que l’âme du quartier, de Damas, s’éteigne petit à petit, « surtout depuis que la télé a débarqué ». Les nombreux commerçants installés récemment y voient surtout leur gagne-pain. Mais fantasmé, le quartier l’est dans l’imaginaire des gens, relatant des souvenirs qu’ils n’avaient pas vécu d’un univers depuis longtemps disparu. A l’instar de ce moucharabieh qui supplante l’un des nombreux magasins de disques et d’informatique du quartier. Le gérant du magasin, arrivé depuis 5 ans dans Sarouja, prend plaisir à relater le drame passionnel qui s’était déroulé au début du siècle, quand le propriétaire de la demeure avait surpris sa fille fricotant (derrière le moucharabieh, bien sûr), avec le troisième fils par alliance du deuxième cousin du voisin, en froid avec le père. Et souvent, après l’histoire, l’homme hoche de la tête « aahlàlà, c’est plus comme avant maintenant »…et de retourner à ses disques.

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